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Leçon d'aquarelle N°1

leçon d' Aquarelle: conseils, trucs et astuces d'un aquarelliste professionnel

"ETUDE DE BLANCS"
Auteur: Cyrille_Jubert,


Mon parcours de peintre à l'aquarelle vous est conté dans la "visite guidée" accessible depuis le sommaire. Pour résumer, j'ai appris par moi même à peindre à l'aquarelle en 96 avec d'emblée l'intention d'être professionnel. Ma première exposition fut un succès et m'apporta de nombreuses commandes. Travaillant jour après jour, j'ai fini par apprendre à mieux connaitre et maitriser la technique de l'aquarelle ou de la peinture à l'eau de manière plus générale. Voici à ma manière, quelques enseignements qui je l'espère pourrons vous être utiles.

Quoique travaillant essentiellement sur commande, je peins un tableau pour moi de temps en temps, . Cela me donne l'illusion d'une certaine liberté et me permet de faire des expériences et , peut être, d'améliorer ma technique d'aquarelle. C'est dans cet esprit que j'avais peint cette meute de chiens. La toute première version était en 30x40 cm mais dés ma première exposition, on m'a commandé cette aquarelle au format 75x55 cm. Ces deux versions étaient très proches. En voici l'une d'elle. Ne vous fiez pas à la couleur du fond, que Internet ne sait reproduire.

Le tiers infèrieur du tableau était vierge pour montrer sur un fond blanc pur, l'étude de blanc des pattes et de leurs ombres à l'aquarelle. A l'inverse, les deux tiers supérieurs étaient couverts d'un vert sombre très dense (mélange d'encre vert-olive +encre de chine puis aquarelle vert-de-vessie).
Ce fond sombre mettant en relief l'étude de blancs différemment. Dans ces deux versions, j'ai joué à mettre en opposition les reflets ocres des oreilles et de l'échine, et les ombres bleutées ou mauves des pattes. Ces oeuvres étaient assez loin de mon travail habituel, mais elles ont trouvé preneur très vite... trop ?
C'est peut être pour cela que j'en ai peint une troisième version pour l'exposer à Knokke en 2002. J'ai remplacé le fond sombre par un fond or. C'était magnifique. Une fois encore, le tableau a été vendu avant que je n'ai eu le temps de m'en lasser. Comme je fréquente tous les jours un forum d'artistes sur le net (wetcanvas.com), j'ai refait le tableau pour expliquer ma technique étape par étape en prenant photos sur photos au fur et à mesure de l'avancement de cette composition.

Le point de départ de cette aquarelle, c'est cette photo que j'ai prise à Chambord pendant le Game-Fair, où ces "billies" du Rallye Malleret venait de recevoir un prix de beauté. Ce ne serait pas moi, si je ne vous racontais pas une petite anecdote, liée à cette photo. A gauche, vous apercevez à peine le piqueur de l'équipage. Fait rarissime, ce piqueur était une femme. Comme c'est généralement le cas en France, le Maître d'équipage lui a très vite donné un nom de vénerie, son surnom dans le milieu de la chasse. Au lieu de l'appeller "la Bruyère" ou "la Fougère", comme il trouvait qu'elle avait mauvais caractère, il l'a appelée : "la Ronce". Qui s'y frotte s'y pique.
Qui se ressemble, s'assemble. Si ce cher Marquis devait porter un nom de vénerie, avec son tempéramment, il s'appelerait : "l'Ortie" !

Papier d'aquarelle
La plupart du temps, je peins sur du papier Arches 300g grain satiné, qui est en fait totalement lisse, me permettant des dessins au crayon puis au pinceau d'une extrême finesse. Ma feuille pour cet exercice est au format 77x58cm. Certains de mes amis peintres se plaignent que ce papier absorbe trop les pigments lorsque l'on peint "mouillé sur mouillé". Comme cela ne m'arrive pas très souvent, cela ne me dérange pas.
Je commence généralement par laisser ma feuille se détremper recto-verso dans ma baignoire, pour la débarasser de l'apprêt, avant de la mettre à égoutter sur un fil. Quand elle s'est débarassée de son trop-plein d'eau, je la pose sur mon bureau et la colle à l'aide de papier kraft autocollant. En sêchant, le papier va se tendre, évitant les gondolis quand je repeindrais certaine partie en les détrempant à nouveau.
Le dessin préalable
"Une belle aquarelle, c'est d'abord un beau dessin"
Quand le papier est parfaitement sec, je dessine mon sujet en ayant soin d'être très léger dans mon trait mais néanmoins aussi précis que possible. J'utilise pour ce faire un crayon 4H ou 6H. Sur la photo suivante, le trait de crayon ne se voit pas... ne cherchez pas ce n'est pas la faute de votre écran ou de vos yeux. La photo de manière générale ne "voit" pas les crayons secs (H).

Ma palette de couleurs
Ma palette de couleurs est toujours très limitée, même pour les tableaux les plus sophistiqués mettant en scène des matières très différentes et très colorées. J'utilise toujours les mêmes tubes d'aquarelle: bleu de cobalt, ocre jaune, terre de sienne pour les tons clairs... indigo, rouge permanent, jaune de cadnium pour les tons très denses ... parfois du carmin ou du vert de vessie quand le sujet ou le décor le demande.
Je n'utilise jamais les couleurs pures, mais plus ou moins mélangée avec les 2 autres couleurs primaires, ce qui me permet d'avoir toujours une unité de ton dans mes tableaux. Là aussi tout est toujours affaire de nuance. Beaucoup de peintres s'adonnant à l'aquarelle mélangent trop leurs couleurs, obtenant un tableau où les couleurs sont noyées, diluées dans un mélange atone dans les mauves, les bruns sales et mornes. Si vous visitez cette galerie virtuelle, vous verrez que mes couleurs sont fortes et denses.

La première chose que je vais peindre ici, ce sont les yeux. Dans un tableau ou un portrait, le regard est la première chose que l'on voit. Si le regard est réussi, le tableau le sera aussi. Dans ce tableau, c'est onze yeux qu'il me faut réussir. Une fois les yeux posés, je gagnerai en assurance et le plaisir de peindre pourra s'épanouir plus librement.
Les reflets de lumière sont peints avec un bleu de cobalt très dilué, qui sera imperceptible au milieu de teintes plus fortes, lorsque le tableau sera fini. Puis quand les reflets sont bien secs, j'attaque la couleur de l'oeil. Ici, une base légère de Jaune de cadmium, sali d'ocre, puis nuancé de terre de sienne brulée. Comme je n'utilise pas de noir, le contour de l'oeil est peint avec un indigo, renforcé dans l'ombre par un mélange de carmin et de jaune. Je peins ensuite les truffes des chiens sur une base d'indigo. Je déborde largement avec un jus sale, très dilué, sachant que je devrais revenir pour lier l'ensemble à la fin.

Préparation de ma couleur de base
L'objectif de cette démonstration n'est pas d'être hyper-réaliste, mais de présenter une étude de blancs. Les chiens devront être parfaitement unicolores, peint avec un jus plus ou moins dense ou plus ou moins dilué. Ce jus que je veux aussi neutre que possible, je vais le faire avec un mélange d'ocre jaune, de bleu de cobalt et de terre de sienne. Mon tableau étant au format 55x75 cm, la surface à peindre à l'aquarelle sera assez importante et je vais devoir préparer une ma teinte d'aquarelle en quantité. Vous comprendrez mieux pourquoi, je préfère utiliser des tubes d'aquarelles plutôt que des pastilles. Vous noterez que l'ocre n'a pas la même densité que le cobalt et que les pigments ont tendance à se séparer si vous laissez le jus se reposer, les uns tombant au fond quand les autres restent en suspension. Il faut donc remuer, touiller votre mixture avec un pinceau large abondamment.. Une fois mon "jus" assez neutre dans les gris et parfaitement homogène... Je vais garder les 9/10 de mon jus en réserve dans un bol, le reste étant dilué dans une assiette creuse qui me tiendra lieu de palette.

Pinceaux d'aquarelle
J'utilise des pinceaux en "petit gris" de taille 1, 2 ou 3, souvent plusieurs en même temps. L'un servant à mouiller la partie à peindre, l'autre à poser les pigments, le troisième me servant à sucer le trop plein d'eau ou de peinture, pour nuancer.
Pour les détails très fins, j'utilise un pinceau d'aquarelle 3/0 ou un 2/0 en poils de martre.
Puisque j'en suis à parler de notions basiques d'aquarelle, je précise que j'ai deux verres d'eau à portée de main..
non pas que je sois un bois-sans-soif
, mais il faut un verre d'eau propre et un verre pour nettoyer son pinceau.

J'ai attaqué les têtes de droite à gauche, une à une, "dans l'eau", puis la finissant dans le sec, pour les parties plus ombrées, avant d'attaquer la suivante. Si vous regardez la première tête de chien à droite, vous pourrez constater que j'ai été "timide", alors que mon assurance croissait au fur et à mesure que j'avançais vers la gauche.

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